Après l’euphorie et la nasse, place au dialogue inclusif pour une démocratie consensuelle au service du développement durable

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Après l’euphorie et la nasse, place au dialogue inclusif pour une démocratie consensuelle au service du développement durable

Au moment de la précampagne présidentielle, nous avons assisté à une situation politique kafkaïenne d’une médiocrité abyssale faite de dénonciations de la sinistrose, des insultes et des outrances verbales, des pétitions de principe sans la moindre annonce d’un programme alternatif. Ces comportements sont fortement amplifiés, comme d’habitude, par notre presse au quotidien, les médias, la grande majorité des journaux et magazines, radios, télés ou sites Internet qui consacrent très peu d’espace aux analyses rigoureuses, encore moins aux réflexions prospectives. Cette presse devient la caisse de résonnance de quelques figures médiatiques ou de « grandes-gueules » politiciennes aux discours creux avec souvent des usurpations de titre et des analyses d’un simplisme de café quartier.

Au demeurant, on ne débat plus sur les grands enjeux de la cité alors même que les débats sont le mode de fonctionnement et la condition de fortification de la démocratie. Pourtant, les problèmes qui doivent façonner notre avenir dans le cadre du PSE sont légion:(1) le leadership transformel au service d’un État stratège doté de puissants outils de développement (politique budgétaire et monétaire, surveillance de l’endettement, de l’inflation et des institutions fortes de gouvernance économique);(2) l’organisation socio-économique qui commande la reconfiguration systématique du champ de spécialisation suite aux nouvelles découvertes pétrolières et gazières; (3) les politiques sectorielles pertinentes capables de lever les multiples contraintes structurelles pour une croissance économique équilibrée, harmonieuse et au taux le plus élevé compte tenu des ressources disponibles; (4) l’élargissement des gains de productivité pour rendre l’économie plus compétitive; (5) le cadrage macroéconomique des stratégies pour une croissance inclusive issue d’une massification opportune des investissements dans les secteurs clés; (6) les institutions de gouvernance, de mise en œuvre et de suivi des politiques publiques, les problèmes difficiles et complexes du triptyque chômage-pauvreté-précarité; (7) le secteur privé comme levier des politiques et la question lancinante de la préférence nationale, patriotisme économique; (8) la mise en capacité des acteurs, des pouvoirs et contrepouvoirs; (9) les institutions décentralisées et l’aménagement optimal de l’espace; (10) les secteurs sociaux pour des ressources humaines utiles et un capital social de qualité (le système éducatif, l’université, la recherche et les innovations, la santé les valeurs d’une nouvelle citoyenneté,  l’unité et la cohésion nationale face aux velléités identitaires. Au lieu d’aborder ces thèmes, les politiciens nous ont bassinés de dénonciations et d’attaques crypto personnelles comme si cela était suffisant pour gagner  une élection.

Par-delà les violences verbales, la sévérité des appréciations, les programmes sont publiés seulement en plein milieu de la campagne électorale. Ils ont révélé l’énorme écart  entre les versions écrites et les promesses mirobolantes faites à des populations déconcertées et médusées par les longs cortèges de voitures rutilantes. Une analyse rigoureuse des trois programmes le Jam ak Xeweul de la coalition Madické 2019, (47pages), la Vision1.3.15.45 de la coalition gagnante Idy 2019 (147 pages) et le PUR (8 pages) montre qu’ils sont largement insuffisants pour donner une caution honorable à de futurs probables présidents. Ils ont complètement oublié qu’en face, il y a un électorat, des citoyens et des observateurs qui ont un cerveau et dotés de compétence, de capacité d’analyse et de discernement.

J’avais établi, pour des médias internationaux, un état comparatif avec le programme du Président sortant, Macky Sall, intitulé « Liggééyal Euleuk »(54 pages) en m’appuyant sur trois interrogations évaluatives : (i) Quelle vision de politiques économiques et sociales ? (ii) Quelle stratégie de mise en œuvre, pour quel coût financier global et comment mobiliser les ressources? (iii) Quelles incidences sur les équilibres macroéconomiques ? Les différences qualitatives et quantitatives étaient importantes. S’y ajoute que, de mon bureau, j’ai enregistré pendant 21 jours les promesses du genre en veux-tu en voilà : les dotations financières des Collectivités décentralisées, la santé pour tous, l’électricité partout disponible et à bon prix, il en va de même pour l’eau, l’école et le social.

Au vu des envolées, on peut s’interroger si véritablement nos hommes politiques, en dehors du Président de la
République et d’Ousmane Sonko, avaient vraiment envie de parler des véritables problèmes économiques et financiers du pays, de leurs causes profondes et des solutions concrètes qu’ils entrevoient. En définitive, il est facile de lister de réels besoins sociaux de base, de soulever des convoitises et de promettre de les résoudre sans démontrer concrètement la possibilité de leur financement. Il a manqué aux programmes la mise en évidence, avec le maximum de rigueur, les sources actuelles du revenu national, sa répartition et les financements internes et externes mobilisables. Il est incompréhensible que des candidats à de si hautes fonctions n’utilisent point les informations statistiques publiées par l’ANSD ou la DGPPE et l’apport de spécialistes et de chercheurs bénévoles. J’ai été le point focal, sur trois décennies, des programmes de campagne présidentielle de Blaise Compaoré, nous avions réalisé, avec une équipe pluridisciplinaire, un travail de bénédictin.

Dès achèvement du scrutin, ce qui devait arriver arriva : évaluations fantaisistes des résultats, calculs grossiers, ratiocinations scabreuses et fanfaronnades sur un éventuel second tour décrété comme une demande sociale. Au finish, les résultats sortis des urnes ont été sans appel avec d’un côté, une victoire éclatante du candidat qui a le mieux incarné le profil du métier et de l’autre une contre-performance lourde de l’opposition dont les causes sont difficilement imputables aux éléments comme les défaillances du système électoral, la tricherie permise par le fichier, les manipulations frauduleuses du ministre de l’Intérieur partisan et l’instrumentalisation de la justice. Nous retrouvons là les sempiternelles récusations de toutes les oppositions en Afrique relativement à la sincérité des scrutins : au Mali, au Cameroun et récemment en RDC et au Nigéria. La singularité est qu’au Sénégal, les candidats perdants se sont abstenus de déposer des recours, pour entre autres raisons la partialité flagrante du Conseil constitutionnel, institution qui serait à la solde du pouvoir. Incontestablement, l’opposition aurait été plus crédible si elle avait documenté  ses preuves devant le cette juridiction suprême qu’elle soit acquise ou pas au pouvoir central. On ne voit pas comment elle pourrait s’asseoir et fermer les yeux sur des preuves irréfutables qui remettraient fondamentalement en cause la régularité du scrutin.

Manifestement, l’après-élection est, pour ma part, plus intéressante que le déroulement de la campagne elle-même, en ce sens qu’elle permet d’avoir des lectures moins passionnées, plus complètes de l’intégralité du processus électoral ainsi que ses enjeux et les postures des acteurs. Ceux-ci ont surtout l’occasion de livrer les enseignements qu’ils tirent du processus électoral : les raisons de la victoire ou les causes de la défaite. Il est vrai que cet exercice est difficile, car il demande de surpasser l’euphorie des vainqueurs et la gueule de bois des perdants.

I/ QUELLES SONT LES CAUSES PROFONDES D’UNE DÉFAITE POUR L’OPPOSITION QUI EST, EN DÉMOCRATIE, UN POLE INCONTOURNABLE DE LÉGITIMITÉ ? 

La lourde  défaite de l’opposition tient à plusieurs facteurs dont les deux principaux sont : sa faiblesse organisationnelle sur le terrain et la déshérence du militantisme. Beaucoup d’idées courantes mais fausses et sans fondement analytique sont émises concernant les fonctions des partis dans tous les systèmes politiques contemporains. Ils constituent le premier pilier des régimes politiques et aucun pays ne déroge à cette règle institutionnelle, voire constitutionnelle. On confond souvent cette prééminence au résultat relatif à leur effritement, leur dégénérescence quasi mondiale liée principalement à leur crise structurelle et de fonctionnement qui les traverse. Quoi qu’on dise, tous les chefs d’État au monde libéraux, socialistes, socio démocratiques, de droite comme de gauche, sont des chefs de Parti.

Il est vrai que l’on observe une extrême précarité des partis politiques ce qui explique d’une part, la déshérence du militantisme, la sénilité et l’immobilisme structurel des classes politiques et d’autre part, conséquemment, la méfiance des citoyens à leur égard. Une des origines des tensions et des échecs électoraux se situe dans les défaillances des formations partisanes. Disposant le plus souvent, d’un monopole électoral, suite à la prohibition des candidatures indépendantes, ils ont une faible efficacité et sont insuffisamment structurés pour animer et donner substance à la compétition démocratique. Ils sont fondamentalement affaiblis à la fois par l’absence d’une vision et d’un programme économique et social national,  d’une gestion quotidienne, d’un fonctionnement régulier et la démocratique, l’inexistence de siège ou d’espace de réunion, le nomadisme politique, leur poussiérisation, leur manque de moyens logistiques et financiers et leur consanguinité à l’égard du leader bailleur de fonds. Seuls les partis de masse et de gouvernement échappent à ses limites tout étant gangrené par les luttes de tendance, diverses bousculades, le blindage et autres formes d’exclusion et de dysfonctionnement. Dans tous les cas le fonctionnement est anti-démocratique. Trotski soulignait cette dérive redoutable et assassine : le parti parle au nom de la classe, puis l’appareil au nom du parti, les dirigeants  au nom de l’appareil et, finalement un seul parlera et décidera au nom de tous.

Nous avons à plusieurs reprises analysé et flétri cette organisation de la démocratie dont le socle est le système des partis politiques. À l’observation, depuis deux siècles au moins, les partis politiques ont, en Occident, une immense légitimité : ils ont contribué à construire les identités nationales et à incarner des intérêts sociaux respectés, que ce soit ceux des agriculteurs, ou des propriétaires, ou des salariés. Toutefois, M. Rocard ajoute que rien de tel n’a pu se créer en Afrique, où l’on ne discerne sommairement que deux usages des partis politiques : la structuration forte de la clientèle de chaque chef, ou le support d’expression de signes d’identité ethnique, religieuse ou linguistique, le contraire de ce dont l’Afrique a besoin.

En période électorale, les candidats tentent de combler ces insuffisances notoires du système partisan par une imitation grotesque et couteuse du modèle des campagnes électorales à l’américaine, médiatiques et mercantilistes avec beaucoup de bruits, de fresques, mais peu d’idées. Du reste, les politiciens sénégalais n’ont perçu et appliqué que la partie visible de l’iceberg avec ces mégas meetings folkloriques et ces discours pompeux promettant tout à tout le monde. En conséquence, dès que les clameurs électorales se terminent et que les sunlights s’éteignent, la vie quotidienne du pays se charge d’effacer le trop-plein de promesses et les partis retrouvent leur somnolence habituelle.

Il est donc grand temps pour les politiques, par-delà les violences verbales, la sévérité des appréciations, de tirer les enseignements des joutes électorales et de mettre en mouvement les conditions d’une vaste concertation pour passer de l’anathème au dialogue en vue de former des coalitions programmatiques autour du vainqueur des élections pour  mettre au travail le pays, restructurer, réformer et ouvrir le système productif en vue d’une résorption des besoins fondamentaux de nourriture, de logement, d’éducation et de santé pour tous. La classe politique doit prendre les choses comme elles sont, c’est-à-dire faire valoir l’intérêt de notre peuple et le faire correspondre aux conditions sociales de la société. Lorsque les hommes politiques apprendront et méditeront ces mots, lorsqu’ils pourront clairement distinguer ce qui est possible de ce qui ne l’est pas, il y aura moins de médiocrité sur la scène politique sénégalaise et plus de lucidité et de sagesse dans le jeu politique. Cela impose des réflexions sur la démocratie consensuelle. Je suis tout à fait à l’aise pour avoir été l’auteur de l’exposé introductif du Club  Nations et Développement à « la table ronde historique des forces politiques significatives en vue de renforcer les bases de la démocratie et pour lever les défis des années 80 ».

II/ POUR UNE DÉMOCRATIE CONSENSUELLE PLUS CONFORME AU PROJET NATIONAL DE DÉVELOPPEMENT PARTICIPATIF ET SOLIDAIRE.

Il nous faut rappeler que la démocratie occidentale est conçue sur le modèle du marché capitaliste et l’on attend d’elle les mêmes vertus à savoir que le citoyen assimilé au consommateur, soit capable de choisir entre des politiques comme on choisit entre diverses marchandises (les théories du public choice de Buchanan à Tullock réintroduisent l’État qui est à la fois arbitre et joueur. Alors la rencontre de l’économie et des sciences politiques est assurée). Cela suppose un multipartisme qui se fonde sur l’opposition des idées et la compétition des réponses programmatiques, de solides institutions chargées d’organiser des élections transparentes et disputées, un pouvoir judiciaire d’arbitrage et de régulation de l’espace et de résolution des conflits et contentieux politiques, le tout est relayé par une presse libre et compétente. Dans un tel cadre, la participation citoyenne peut s’exprimer par le vote pour élire un chef tous les 4, 5 ou 7 ans. Cependant nous pouvons observer après Bertrand Badie que  nos pays ont une structure sociale originale et sont soumis à des conditions spécifiques de développement qui interdisent tout parallélisme avec les trajectoires suivies par la plupart des pays développés depuis la Renaissance.

Je me plais toujours à rappeler que la démocratie peut être limitée et bornée par certaines conditions économiques de nos citoyens votants. D’abord Rousseau, puis Marx ont souligné que certaines conditions économiques étaient nécessaires pour fonder une démocratie. J. Rousseau note dans le Contrat social (livre 2, chapitre 2) « que nul citoyen ne soit assez opulent pour en acheter un autre, et ni assez pauvre pour être contraint à se vendre ». Cette observation prend toute sa signification pour les pays sous-développés caractérisés par la pauvreté de masse qui peut ouvrir les vannes des achats de conscience. Marx a continué cette analyse pour montrer que « l’argent donne la liberté à celui qui le possède et en dépouille celui qui ne le possède pas ». Il observe dans les« Manuscrits de 1844 » que « L’argent est pour moi, ce que je peux payer… Je suis laid, mais je peux m’acheter la plus belle femme. Donc je ne suis pas laid, car l’effet de la laideur est anéanti par l’argent… Je suis un homme mauvais, malhonnête, sans conscience, sans esprit, mais l’argent est vénéré, donc aussi son possesseur ».

Depuis la décolonisation, les élites n’ont pas fourni aux sociétés une organisation correspondant à leurs traditions et à leur niveau de développement. Nous avons fait le saut en copiant le modèle occidental, ce qui n’a pas manqué d’entrainer de multiples traumatismes sociaux et facteurs de désordre. Les échecs répertoriés sont manifestes : troubles et désarticulation sociale, guerres civiles larvées, coups d’État, démobilisation populaire avec une politisation excessive et paralysie des activités économiques, abstention et déserte des urnes, etc. Pourtant, à la suite de beaucoup d’historiens et d’anthropologues, comme le souligne M. Rocard,  l’Afrique avait connu, avant l’esclavage et le colonialisme, un certain nombre de royaumes ou d’empires qui furent stables sur plusieurs siècles. Le mode de prise de décision était la palabre, c’est-à-dire le consensus, à l’Assemblée de village tout d’abord (sous le baobab), puis entre délégués aux assemblées de régions, puis de royaumes ou d’empires. L’Afrique a le souvenir de cette démocratie consensuelle, qu’elle pratique encore dans les villages et à laquelle elle aspire aux niveaux supérieurs de l’organisation sociale.

Dans mes réflexions sur la corrélation démocratie et développement et m’inspirant des traditions africaines et des expériences des pays émergents d’Asie, j’avais approché, durant les années 80, le concept de démocratie consensuelle. À cette période, les intellectuels marxistes, particulièrement en Europe (Parti communiste italien et parti communiste français), avaient ouvert un large débat, suite aux réflexions d’Antonio Gramsci sur des questions comme « le compromis historique » et « le bloc historique ». Dans des échanges avec l’éminent philosophe Doudou Sine et une grande référence Samir Amin, j’avais exploré le concept de consensus national. Nos échanges très âpres, mais d’une bonne tenue scientifique m’avez poussé à écrire un article fortement contesté par la gauche marxiste sur le thème « Alternative unitaire pour sortir de la crise : le consensus national » repris par les Cahiers du CND 1980-1985.

J’avais rappelé à mes contradicteurs que nous référer à Gramsci, Marx, Lénine ou Mao-Tsé-Toung n’est pas d’en répéter les formules au nom d’une vraie orthodoxie, mais d’en utiliser les méthodes, en faisant pour notre temps et notre pays, ce qu’ils ont fait pour leur pays en leur temps, de prolonger, en les repensant, dans des conditions radicalement nouvelles, leurs analyses, de réfléchir sur leurs expériences avec les transpositions nécessaires.
Théoriquement le concept de consensus est au confluent de presque l’ensemble des disciplines des sciences sociales qui lui sont consubstantielles : l’économie, la science politique et juridique, la sociologie et l’anthropologie, etc. Son application au Sénégal  doit nous conduire à analyser plusieurs problèmes entrelacés dont les plus importants se rapportent à l’organisation sociale, à l’édification d’un système économique performant et compétitif et à l’élaboration d’institutions fortes dont la composante majeure est la nature de l’État qui a été déconstruit par les prétentieuses politiques néolibérales qui ont voulu bâtir un capitalisme sans les capitalistes locaux et sans État providence bienveillant.

Face à l’approfondissement de la crise économique et sociale, nous avions mis en débat le consensus national comme voie de sortie des multiples tensions issues de la faillite d’une démocratie concurrentielle.  Il fallait provoquer les élites lors d’un séminaire du CND, sur l’engagement des cadres dans le processus de développement économique et social à Taïba (les 28 et 29 mai 1983). J’avais introduit les débats autour du thème: l’élite du pouvoir mécanisme de génération et système de promotion. Par-delà les divergences politiques et la profondeur des désaccords sur la situation économique, financière et sociale du pays, il fallait trouver les contours d’un vaste compromis programmatique et passer de l’anathème au dialogue. Cet engagement collectif devrait permettre de restructure notre système productif et financier, de mobiliser et mettre le pays au travail. La reprise économique amorcée devrait contribuer à résorber ou atténuer le poids de la demande sociale. Le club « Nations et Développement » avait perçu l’importance et l’urgente nécessité de cette alliance nationale pour relancer les enjeux du développement.

Les diverses initiatives ont abouti à l’organisation de « la table ronde historique des forces politiques significatives » pour fortifier la démocratie et relever les défis du futur. Les différentes rencontres avaient établi qu’une démocratie stable ne peut fonctionner que si  tous les acteurs du jeu politique, les politiciens professionnels, les syndicats,  le secteur privé, la société civile,  les journalistes, les artistes, savants, techniciens et chercheurs ont également un sens élevé de servir l’État-nation, la patrie.

EN CONCLUSION, il faut s’acheminer vers une démocratie consensuelle pour s’émanciper du mimétisme de la démocratie libérale en crise et réaliser ensemble, en l’améliorant, cette vision de long terme du PSE. Il apparait, avec l’appel au dialogue du Président de la République, qu’un nouvel air se profile à l’horizon. Toutefois, ce dialogue appelle une confiance indispensable des acteurs qui ont naturellement des intérêts et des stratégies différents. Il ne sera efficient et positif que s’il est régulé par un tiers extérieur indépendant des protagonistes et présentant des qualités de compétence, de sérieux, d’intégrité et de probité morale. Le préalable est que toute la classe politique se plie devant la volonté populaire clairement exprimée pour qu’ensuite s’enclenche le débat salutaire, profond et porteur de grandes perspectives d’une refondation et d’une recomposition politique garante de la stabilité et de la paix civile sans lesquelles tout progrès économique inclusif et durable est illusoire.

Au-delà des vicissitudes de la vie politique, des récriminations diverses, des désespoirs, des haines et des rancœurs, les liens distendus doivent se retisser d’abord pour s’accorder sur les institutions fondatrices et d’encadrement de toute république qui se veut démocratique, ensuite sur une recomposition des familles politiques du libéralisme social (A.Wade,S.Macky,S.Idy, N.Madické et W.Karim etc.), du socialisme (Niass M, Tanor D, Khalifa S, Aissata S, Dialo Diop, Mamour Cissé etc.), de la gauche marxisante (Dansokho A, A.Bathily, M.Ndoye, S.Landing etc .) et des nouvelles formationsen gestation (O.Sonko, Pr. Issa S, Mbaye,Hadjibou S., P.Goudiaby etc.).

Ceux qui prétendent nous diriger doivent comprendre que l’avenir de tous doit être l’œuvre de tous, inventée et réalisée par tous. La politique ne saurait continuer à se réduire au métier de parler au nom des autres en se substituant à eux.

Pr. Moustapha Kassé, Doyen Honoraire et Membre des Académies




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