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Le moment du sport en Afrique doit devenir le moment de l’emploi en Afrique .Par Amadou Galo Fall et Ethiopis Tafara

Amadou Galo Fall et Ethiopis Tafara ont partagé une contribution, ce mercredi sur l'importance du sport dans le développement de l'Afrique

Amadou Galo Fall et Ethiopis Tafara ont partagé une contribution, ce mercredi sur l’importance du sport dans le développement de l’Afrique, sous le titre « Le moment du sport en Afrique doit devenir le moment de l’emploi en Afrique ».

Le texte de Amadou Galo Fall et Ethiopis Tafara

Un changement profond s’opère à travers l’Afrique. Le continent, qui a longtemps nourri le monde de ses athlètes d’exception, s’impose désormais comme une destination phare pour les grands événements sportifs, les investissements et l’innovation. Le Maroc s’apprête à accueillir la Coupe du Monde de la FIFA 2030. Le Sénégal accueillera les Jeux Olympiques de la Jeunesse à Dakar, le tout premier événement olympique organisé sur le sol africain. Partout sur le continent, de nouvelles arènes voient le jour, les compétitions internationales prennent de l’ampleur et les publics du monde entier y prêtent attention.

Ces jalons racontent une histoire bien plus vaste que celle du simple sport. Ils signalent un changement dans la manière dont l’Afrique est perçue et, plus important encore, dans la façon dont l’Afrique se voit elle-même. Le débat a dépassé la question de savoir si l’Afrique peut organiser des événements de classe mondiale. Le continent a déjà répondu à cette question. Le défi consiste désormais à s’assurer que cet élan crée quelque chose de durable : des emplois, des compétences, des entreprises, des investissements et des opportunités pour la population jeune et en forte croissance de l’Afrique.

C’est pourquoi le sport mérite une place dans toute discussion sérieuse sur l’avenir économique de l’Afrique. Trop souvent, le sport est traité comme un simple divertissement, un loisir ou une source de fierté nationale. Il est certes tout cela à la fois. Mais le sport est une industrie à part entière. Il s’agit d’infrastructures, de technologies, de médias, de tourisme, de commerce et d’hôtellerie. C’est un véritable écosystème économique, capable d’impulser la croissance sur toute la chaîne de valeur.

Pour un continent où des centaines de millions de jeunes intégreront le marché du travail au cours des prochaines décennies, cela revêt une importance capitale. Cette réalité s’impose de plus en plus sur le terrain. Cette année, la SFI (Société Financière Internationale) a engagé un montant record de 21,1 milliards de dollars à travers l’Afrique, soutenant la croissance du secteur privé dans des domaines créateurs d’emplois et bâtisseurs de marchés. De plus en plus, cette dynamique intègre le sport et l’économie créative, car tous deux prouvent leur capacité à générer un impact économique à grande échelle.

L’opportunité découle d’un constat simple : l’Afrique n’a jamais manqué de talents. L’Afrique n’a jamais manqué de public non plus. Les stades se remplissent. Les passionnés s’engagent. Les jeunes rêvent. Ce qui a souvent fait défaut, ce sont les infrastructures permettant de transformer le talent en opportunités économiques durables.

À travers le continent, les jeunes athlètes doués se heurtent souvent à des parcours de développement professionnel inégaux. Les installations restent insuffisantes. Les systèmes de formation varient considérablement. Les espaces communautaires capables de révéler les talents et de développer les compétences peinent souvent à répondre à la demande. En conséquence, un potentiel bien trop vaste reste inexploité.

Combler ce fossé exige des investissements et des partenariats. Ce travail est déjà engagé. En collaboration avec Proparco, la SFI s’est engagée à hauteur de 50 millions de dollars auprès de Helios Sport and Entertainment Group (HSEG), une entreprise dédiée à la libération du potentiel économique du secteur du sport et du divertissement en Afrique. En plus de cet investissement, la SFI étudie un nouvel engagement dans une plateforme d’arènes de sport et de divertissement afin de soutenir le développement d’infrastructures dédiées sur l’ensemble du continent. Des partenariats avec des promoteurs et exploitants de premier plan permettent de transformer des idées ambitieuses en installations de classe mondiale qui servent les communautés, créent des emplois et génèrent de l’activité économique.

Envisagée sous cet angle, l’infrastructure sportive ne se résume pas à des bâtiments. C’est un moteur de croissance économique. Il s’agit de créer des opportunités pour les individus et les entreprises au cœur d’espaces communautaires entiers.

La Basketball Africa League (BAL) offre sans doute la démonstration la plus claire de ce qui est possible lorsque la vision, l’investissement et l’exécution convergent. En seulement six saisons, la BAL est passée d’une idée ambitieuse à l’une des plateformes économiques les plus prometteuses du continent. La ligue a accueilli 39 équipes issues de plus de 20 pays africains et a créé un produit véritablement pan-africain au rayonnement mondial croissant.

Rien que cette saison, plus de 110 000 supporters ont assisté aux matchs de la BAL au Maroc, au Rwanda et en Afrique du Sud. La ligue a généré plus de 1,1 milliard de vues sur les réseaux sociaux dans 214 pays et territoires. Un nombre record de 22 partenaires commerciaux et institutionnels a soutenu la compétition, incluant certaines des plus grandes marques et institutions financières mondiales.

Il ne s’agit pas simplement de statistiques sportives. Ce sont des indicateurs économiques. Ils témoignent d’une demande réelle des consommateurs. Ils attirent le sponsoring et l’investissement. Ils valorisent les droits médias. Ils stimulent le tourisme. Ils créent des emplois. Ils génèrent des revenus dans de multiples secteurs. Plus important encore, ils prouvent que le contenu sportif africain est devenu un produit mondial de grande valeur.

La BAL est souvent décrite comme une ligue de basket-ball. En réalité, elle représente quelque chose de bien plus grand. Elle devient un moteur de croissance économique qui démontre comment l’Afrique peut créer, posséder, développer et monétiser des propriétés sportives de classe mondiale tout en conservant cette valeur économique sur le continent.

Pendant des décennies, le sport africain a exporté ses talents. Aujourd’hui, l’Afrique bâtit des plateformes. Demain, l’Afrique peut devenir un siège mondial de l’industrie du sport.

Pour autant, la portée du sport dépasse les seuls indicateurs économiques et les chiffres d’investissement.

Au fond, le sport touche au potentiel humain. Le sport crée un sentiment d’appartenance. Il enseigne la discipline, le travail d’équipe, le leadership et la résilience. Il ouvre des voies pour des jeunes en quête d’opportunités et d’avenir. Il offre un cadre là où règne l’instabilité et apporte de l’espoir là où les perspectives semblent limitées.

Cette philosophie est au cœur de l’Olympisme et résonne profondément dans un monde confronté à une fragilité et des déplacements de populations croissants. Elle s’incarne également dans des institutions telles que Diambars et la SEED Academy au Ghana, au Rwanda et au Sénégal, où l’éducation et le sport avancent main dans la main pour préparer la jeunesse à réussir sur le terrain comme en dehors. L’Académie Mohammed VI de Football au Maroc, infrastructure de niveau mondial, en offre un autre exemple marquant : elle associe la formation footballistique d’élite à l’excellence académique pour doter les jeunes des compétences et de la confiance nécessaires pour s’épanouir bien au-delà du jeu.

L’objectif dépasse largement la formation d’athlètes d’élite. Il s’agit de former des jeunes qualifiés, confiants et employables, prêts à contribuer à leur économie et à leur communauté. Chaque entraîneur, physiothérapeute, diffuseur, promoteur d’événements, juriste du sport, créateur de contenu numérique, ingénieur, entrepreneur et chef d’entreprise lié à l’économie du sport fait partie intégrante de cette histoire.

L’avenir de l’Afrique sera façonné par des industries capables de créer des opportunités à grande échelle. Le sport y a toute sa place. Le continent possède le talent. Il possède le public. Il possède l’énergie entrepreneuriale et suscite un intérêt croissant auprès des investisseurs. La prochaine étape réside dans un effort délibéré pour bâtir les infrastructures, les institutions, les partenariats et les plateformes capables de transformer ce potentiel en prospérité.

Hier, l’Afrique exportait ses athlètes. Aujourd’hui, elle accueille le monde. Demain, elle peut s’imposer au cœur d’une économie globale du sport : un moteur capable de bâtir des industries, de créer des millions d’emplois et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour sa jeunesse.

Voilà le défi à notre portée. Et c’est pourquoi le moment du sport en Afrique doit devenir le moment de l’emploi en Afrique.

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